Née sous Ickx

La route était plane, lisse, silencieuse. On voyait l’horizon à des kilomètres. L’odeur de l’été entrait par les fenêtres entrouvertes et je roulais vite vers les montagnes toutes proches. J’avais plusieurs fois cet hiver-là testé le frein à main sur les routes enneigées des Ardennes et cette sensation enivrante de l’incontrôlable, de la glisse et du rattrapé. Ce jour-là j’allais juste vite. Vite comme plus vite. Vite comme le plus vite possible. Vite comme la limite de la limite du plus vite possible. Ce jour-là sous le soleil, sur une ligne droite paisible et sans histoire, les pneus de mon véhicule et la route sont entrés dans une querelle sans précédent. Un désaccord flou et bref qui a transformé cette expérience de glisse en un numéro spectaculaire et inédit de haute voltige. Sans filet. Pourvu que ça aille vite, très vite. Je tape, je tourne, tout s’arrête. J’ai la tête en bas, je suis bloquée dans une masse de ferraille. Je bouge mes pieds. Soudain je prends conscience, coincée dans les décombres à observer l’ampleur des dégâts autour de moi, que je commence une nouvelle vie. Alors comme elle est en bonus, pourquoi ne pas l’envisager non conforme au protocole et à la loi gravitationnelle. Car un jour, je serai pilote.

 

Née sous Ickx

 

J’ai toujours affirmé être une grande fan de François Duval. Ses sorties de routes étaient à l’image de ses interventions en Franglais : inoubliables. Là ou je l’ai encore plus adoré c’est quand cette aprèm, en tapant la causette avec un ex-copilote à lui j’ai entendu cette phrase mythique «Avec François je n’ai jamais imaginé pouvoir terminer une spéciale, la seule question que je me posais était de savoir à quel kilomètre on allait taper ». Pour recueillir ces informations merveilleuses j’ai interrogé un copilote de WRC qui parcourait l’après-midi même les magnifiques routes de Corse et que j’avais vu à l’œuvre, 2h plus tôt dans un virage de mon petit village. Bien décidée à profiter du spectacle j’avais embarqué mon petit casse-croute dans un sac vers un champ voisin ou un nuage d’hélicoptère déposait au compte-goutte les invités du jour. Bien installée sur ma couverture j’attendais patiemment le drapeau noir/jaune/rouge de Thierry Neuville. Sur les coups de 12h30 j’entends le bruit assourdissant de son moteur qui déboule sur mon circuit d’entrainement. La spéciale se termine et j’entends déjà au loin les hélicos qui se pressent pour descendre tous les invités vers la ligne d’arrivée. Comme vous pouvez l’imaginer, l’idée d’effectuer une spéciale plus rapidement que les voitures de WRC m’effleure l’esprit. L’envie de m’envoler en hélico me donne une idée. Faut tenter un truc là… ça parait trop facile. Voyant les invités nombreux et les contrôles inexistants je me mêle au groupe. D’abord, y a rien qui dit que c’est interdit… Soudain un type me fait signe de la main, il me demande d’avancer… Ca y est, je prends place dans une navette volante. Plus rapide que le meilleur chrono du jour, je me retrouve en direction du finish ou je pourrai admirer les voitures. Sur place, je repère rapidement les pilotes belges, j’engage un petit « Vous avez eu le temps d’admirer mon drapeau national ? Dans le troisième virage ?», les accents familiers font tomber les barrières et quelques photos me laissent un souvenir impérissable. En partant je glisse au tout nouveau champion du monde WRC junior : j’passerai à Hannut pour la Cross Cup. Sur quoi il me répond « Ça sera à mon tour, alors, de te sortir le drapeau Belge… »

 

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