Vol de Phoenix

La douce chaleur du vent arizonien s’engouffrait dans nos cheveux défaits et, rapidement, les miles remplaçaient les kilomètres. Les longs chemins de terre et de roches rouges laissaient échapper des paysages aux allures de décors qu’un homme à cheval semblait prêt à envahir. L’immensité des canyons et la beauté de ce vide abyssal effaçaient doucement les stigmates de nos jambes endolories. La vie était intense. Foulée après foulée, elle nous dépossédait de nos enveloppes charnelles, dévoilant des automates d’acier qu’aucune faille mécanique ne pouvait altérer. Les odeurs de pin se mêlaient à celles de la poussière. Avec suavité, tel une caresse, nous retrouvions soudain l’essence même de ce que nous avions si vulgairement appelé un jour, course à pied.

 

Vol de Phoenix

 

Nous avions élu domicile dans une de ces grandes maisons de bois au style américain. Vous voyez, celles avec une jolie terrasse et un mât, pour y hisser un drapeau rayé orné d’étoiles blanches. Ce stage en altitude s’annonçait pittoresque et Flagstaff n’avait, depuis quelques années, plus aucun secret pour nous. Pour fêter dignement notre jour de repos, seul rescapé d’une belle lignée d’entraînements intensifs, nous avions improvisé un voyage à Phoenix.

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Enfin, improvisé, pas tout à fait… Les cinq garçons avec qui je partageais ce voyage ont pour l’occasion réservé des billets hors de prix afin d’assister, aux premières loges, à un match de NBA de l’équipe locale. Après avoir déposé les gaillards devant l’entrée, je me rends compte qu’il fait une chaleur étouffante pour un mois d’avril. Curieuse de tester la climatisation de l’Arena des soleils de Phoenix et intriguée par le spectacle que peut offrir un match de Basketball américain, je me dirige vers la file pour voir si, par hasard, il ne reste pas quelques billets invendus. J’arrive à dégoter une place à 9$ et me faufile dans l’immense complexe sportif.

Ben, rien que les couloirs ça vaut le détour ! Des couleurs de tous les cotés, des danseuses, des distributions de bonbons, des boutiques de vêtements à l’effigie des joueurs… avant même d’avoir rejoint mon siège, j’ai rentabilisé mon billet en attrapant un t-shirt volant envoyé par un clown bizarre propulsant des cadeaux dans la foule à l’aide d’un canon. J’enfile ma tenue orange et me voilà prête pour assister au grand show. J’escalade les tribunes et me retrouve au dernier rang, bien cachée derrière un pylône de béton. Bien qu’au final, le spectacle soit digne de mon investissement, il semble quand même plus sympathique si on se rapproche du minuscule rectangle de bois. Depuis mon observatoire, je constate que toutes les places ne sont pas attribuées dans les premiers rangs. J’ai une idée. Dès le premier quart temps sifflé, je m’engouffre dans les escaliers et tente de rejoindre les étages inférieurs. (Notez que c’est à ce moment de l’histoire que je vous révèle mon truc magique pour entrer dans une tribune sans avoir de billet adéquat ! ). J’attrape deux verres en carton du McDo tout proche et j’en place un dans chaque main. Au moment du check point, j’évite de croiser le regard du colosse placé à ma gauche. Je trace tout droit avec un air serein et sans me retourner. J’y suis. J’attends que le match reprenne pour m’attribuer un joli siège proche du bord de terrain. Pour le coup, ils sont plus grands les joueurs ! Steve Nash emmène avec brio cette équipe des Suns déchaînée. Mais l’attraction de la soirée est une recrue fraîchement arrivée. Un certain Shaquille O’Neal…

Le coup de sifflet annonce la mi-temps. Les animations se mettent rapidement en place : danseuses, mascotte, trampolines… Un homme parcourt les gradins en criant « guys & gils under 16? Wanna try the free throw contest? ». Je lève la main pour tenter ma chance. J’ai quelques années de trop mais – on ne sait jamais – peut-être n’y verra t-il que du feu… Il se retourne vers moi et me lance un signe de la main ! Je me rue vers les parquet et rejoins les enfants (parfois bien plus grands que moi ! ) qui font la file pour participer à ce concours de lancer franc. A la clé pour le vainqueur : le ballon du match dédicacé par le joueur de son choix ! J’ai le cœur qui bat comme avant le coup de pistolet d’un départ de 1500m. La file avance, les lancers s’enchaînent. Mon tour arrive. Sous le regard hébété de mes amis qui se demandent par quel miracle je me retrouve sur le parquet des Suns un ballon à la main, je réalise le plus fantastique airball de l’histoire du basket américain ! Pour les non-sportifs, un airball est un lancer-franc assez spectaculaire qui n’est que trop rarement effectué par les joueurs de NBA  de part sa complexité :)

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J’ai quand même droit au lot de consolation: un ticket pour un happy meal et un high five de la part du pivot numéro 32 (oui, oui, ce bon vieux Shaq) ! Avec autant d’étoiles dans les yeux que le drapeau americain, je tente de trouver une petite place pour la fin du match.

Je sais, dans cette aventure, il y a quand même un soupçon d’hardiesse voire d’effronterie. Je n’aurai pas pour défense une longue plaidoirie. Seule cette petite phrase glissée avec tact : Ne m’en veuillez pas, c’est pas moi, c’est Agathe.