Le petit prince

Samedi 06 février 2011, 8h00 du matin. Après une courte nuit et un réveil trop paresseux que pour me prévenir qu’il était l’heure (saleté de samsung), je suis prête à attaquer cette journée marathon.

Cartes de visite dans la poche gauche de mon pantalon, cette présentation (vue sur rtbf !) est le genre d’évènement où le people du cyclisme wallon se retrouve pour échanger idées et projets de collaboration. Multiples speed meetings, carte/carte bling-bling contacts… on se doit d’être au top, ordre du patron ! Briefing dans la voiture avec mon chauffeur qui a compris, depuis l’affaire Schleck comme on l’appelle à la fédération, que sa cadette était plus dangereuse à sa carrière politico-sportive que sa gentille épouse qui marie la femme du trésorier de la fédération avec l’attaché du ministre des sport ou salue d’un très cordial « bonjour monsieur » notre cher souverain.

Une heure de route de révision des anciens titres de coureurs, d’étude approfondie des sujets à éviter pour cause de conflits internes, d’analyse des récentes rivalités, et surtout (point important !) remémoration des prénoms des épouses au programme !  9h25 on y était. Les invités prenaient leurs aises et j’observais, assise dans un coin, les allées et venues de mon boss, survolté une fois de plus.

« Anne-Sophie, que fais-tu en pantalon ! Ce n’est pas une tenue pour une demoiselle, enfin ! ».

Le petit prince

 

Il est vrai que je tombe bien trop rapidement amoureuse des gens qui m’entourent. C’est un fait, on ne reviendra plus dessus. Avec lui ça a été instantané, presque foudroyant. Quand je l’ai vu face à moi, beau brun qui me regardait de ses grands yeux bleus, j’ai tout de suite voulu aller lui parler. On pouvait lire dans son regard une certaine crainte de se trouver là seul, au milieu de tous ces gens. C’est ça je pense, après coup, qui m’a poussé à l’aborder.

« Salut, tu fais quoi ici ? » pas de réponse. Juste un regard de ce garçon qui se demandait si oui ou non il allait me parler.

« Tu t’appelles comment ? »

« Guillaume». Aux questions plus personnelles il ne voulait donner de réponse mais fixait avec insistance la boite qu’il tenait sur les genoux. Soudain il a ouvert cette jolie boite et en a sorti une coccinelle. Il me regardait avec ses beaux yeux et me dit :

« Coccinelle, ça vole. pas frapper, ca pique pas, ca vole. Coccinelle, ça vole ». Diction bien trop parfaite. Syntaxe trop fragile pour un petit garçon de dix ans… je ne pouvais que l’aimer car, chacun à notre manière, nous étions tous les deux des inadaptés sociaux.

Quelques minutes pour apprivoiser ce petit garçon et j’étais dehors à chercher de la nourriture pour ses pauvres petits animaux.

-« Courir ? » C’était simplement l’homme parfait, il aimait courir. J’ai passé une bonne partie de la journée à jouer avec lui, ne pouvant que lui suggérer des choses et essayer de comprendre ses phrases à un mot. A rire, à observer. J’ai rarement été aussi fascinée par une personne. Au moment du repas, il me fallait retrouver ses parents, je supposais qu’il devait en avoir. Soudain, brun assez chic et grande blonde s’approchèrent. Ca ne pouvait être qu’eux, les géniteurs de ce petit prince.

« Je vais m’en occuper, ne vous tracassez pas, votre fils est simplement adorable. Par contre vous ne devriez pas le laisser trainer comme ça, un beau garçon comme le vôtre, ça fait craquer les filles ».

Parents émus. J’ai pu garder le petit

Fin d’après midi, mes 25 cartes toujours dans ma poche gauche j’ai du tristement me résoudre à laisser retourner Guillaume chez lui tout en l’écoutant demander à sa maman, « Sophie maison ? Sophie ? ».

« Vous devez venir diner un soir à la maison toi et ton fiancé! Mademoiselle Maréchal vous êtes simplement adorable ! ». J’acceptais. C’était ma seule chance de revoir mon prince charmant.

A mes collègues, derrière de rigoler : « Alors là, dans le genre arriviste on a jamais vu ça ! T’es un phénomène ! » Vraiment je ne voyais pas. On m’expliqua. Mr et Mme Coca-Cola & Chaudfontaine Company, c’est eux, les parents & fournisseurs officiels de notre équipe. « Ha, ok. Heuu non, en fait leur fils est simplement génial »  dis-je sans convaincre personne.

Rencontre assez inattendue et espoir de le revoir, qui sait bientôt. Guillaume est fascinant, et il a dix ans… pour toute sa vie.

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