Le mage à malices

Peut-on, ne serait-ce qu’un instant, imaginer sciences, mathématiques et raison comme l’antagonisme de la rêverie, des songes et de la poésie ?

A chaque équation, chaque problème se reporte une énigme mystérieuse qui ouvre la porte aux hypothèses les plus excentriques. Tant que la solution ne se révèle, toutes les extravagances sont permises. Il existe alors un moment de flottement léger ou toute personne de science devient, l’espace d’un instant, un poète émérite. Il laisse filer ses pensées les plus folles avant d’être rattrapé par l’encre cruelle, esquissant sur le papier une forme vague figeant l’égalité à jamais.

Avons-nous réponse à tout? Est-ce une question de temps ? Cherchons-nous en vain ? Car à chaque équation se reporte cette maxime narquoise : Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien.

 

Le mage à malices

 

J’étais dans le bus et j’annonçais triomphante à ma maman au téléphone que j’avais brillamment réussi mon dernier examen de Biologie. (Dans mon langage à moi ça voulait dire que j’avais réussi à répondre à toutes les questions et que j’allais au final écoper de la même mention que mon ami Charles qui venait d’annoncer un échec cuisant à sa mère, cinq minutes auparavant). J’avais donc décidé d’aller rendre visite à mon grand-père hospitalisé à Liège et d’attendre que ma mère m’y rejoigne. Arrivée au Sart-Tilman, je me rends vers l’ascenseur en suivant les indications que j’avais reçues quelques minutes plus tôt. En rentrant dans l’appareil, un vieil homme, vêtu d’un boubou bariolé me devance et pousse sur le bouton pour l’étage 2 ainsi que le 5ème étage. Il se retourne vers moi et me dit avec un sourire plein de dents et un accent africain :

– Je vais au 5ème étage, le deuxième c’est pour vous !

– Comment saviez-vous que je me rendais au deuxième étage ???

– Et bien, c’est parce que vous allez rendre visite à votre grand-père, chambre 52 !

Cette réponse me laissait bouche-bée ! Certes, en temps normal mon grand-père était capable de sympathiser avec ce genre de personnage farfelu mais il était malheureusement arrivé à l’hôpital en urgence et son état de santé l’avait plongé dans un état comateux qui ne lui permettait pas de révéler ce genre d’information. Le coup de chance était alors stupéfiant et mon esprit rationnel féru de statistique ne pouvait s’y résoudre.

– Comment le saviez-vous ???

– Voyez-vous, mademoiselle, je suis un mage, j’ai des pouvoirs magiques qu’une jeune fille comme vous ne peut concevoir. C’est à cause de votre parcours scolaire, bien trop scientifique. Etudier la médecine c’est très bien, mais ça vous fait perdre bien des choses et oriente votre esprit vers tout ce que vous concevez comme rationnel. Il y a des choses que les sciences n’expliquent pas et certaines guérisons fortuites en font partie.

Voyant mon visage décontenancé et alors qu’on arrivait au deuxième étage il me glisse :

– Mais ne vous tracassez pas mademoiselle, Votre grand-père va s’en sortir. De plus vous êtes brillante, allez donc fêter cette réussite de votre examen de Biologie. Je suis persuadé qu’un jour vous retrouverez le chemin de l’intuition, du rêve et des croyances irrationnelles.

Il avait fait fort et marqué un point. J’étais bouleversée en sortant de l’ascenseur face à cet homme qui paraissait plein de sagesse et d’expérience. J’ai à peine eu le temps de me remettre de mes émotions que les portes se refermaient derrière moi et que l’appareil emportait mon mage avant que je n’aie le temps de lui demander des explications.
Vite, j’ai couru dans la cage d’escalier, enfilé les marches quatre-à-quatre et attendu mon gourou africain, à l’entrée du service !

Quand j’ai vu ce petit bonhomme serein, marcher vers moi dans son boubou bariolé avec le regard interrogateur, je ne savais plus par où commencer.

– Il faut que vous me donniez une explication. C’est impératif, je dois savoir. Personne ne savait il y a une heure dans quelle chambre mon grand-père allait être transféré, ni même que j’allais réussir cet examen de biologie !
Face à mon désarroi, mon mage a sorti son sourire le plus rassurant et m’a dit en rigolant :

– J’étais derrière vous dans le bus quand vous téléphoniez à votre maman.
A mon rire de soulagement il a ajouté :

– Et pour votre grand-père tiré d’affaire, croyez-moi simplement, c’est une question de foi. Mais là encore je suis certain qu’un jour, vous aussi y croirez,…

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