Dynastars

La richesse d’une vie s’exprime, selon moi, dans l’intensité des rencontres, la conviction du possible et l’esquisse de nos rêves. Ressentir l’ivresse d’un rendez-vous, croire à une illusion idyllique… Vivre avec passion … tout simplement.


Dynastars


J’ai souvent imaginé ma vie professionnelle comme une riche succession de rencontres passionnantes. J’aime apprendre, j’ai besoin d’entreprendre des choses que je ne maitrise pas, d’esquisser un projet dont je ne connais l’aboutissement. Comme je viens récemment de changer ma garde-robe (j’ai troqué mes Asics® pour des talons aiguilles et mon jeans pour une jupe à volants) je m’étais dit que, l’option boulot tailleur+mallette en cuir+BMW de fonction ça pouvait être cool.

Comme je suis amie avec Hugues depuis l’école secondaire, j’ai accepté, ce jeudi, de le recevoir avec son instructeur-trois-pièces-gris, pour papoter de deux ou trois bricoles. Suite à cet entretien, j’ai retiré courtier en assurance de ma liste d’emplois plausibles. J’accepte avec honte être lamentablement incompétente dans ce domaine. Vendre des trucs impossibles m’attire, pourtant. Mais là, je n’aurais indiscutablement aucune crédibilité aux yeux du client, du bon citoyen.

L’entretien avait bien débuté, certes. Par amitié pour Hugues, j’ai même feinds une lueur de curiosité. J’avais révisé cinq minutes mes petites notes sur la pension complémentaire des indépendants, les avantages sociaux inami et l’assurance risques professionnels. Dans un élan de prévenance, j’ai même posé quelques colles très à propos, marquant ainsi mon vif intérêt pour le sujet.

L’inévitable moment critique est rapidement arrivé. J’ai bien du faire part, à un moment donné, à ces deux hommes de ma situation financière plus que désastreuse et du flou qui entourait mon projet de carrière. Pas évident dès lors de me vendre une pension épargne répartie sur 65 ans et rapportant un bénéfice net indécent pour la vieille dame que je serai. Il a pourtant essayé de justifier son produit, insistant sur le prix des maisons de retraites, le coût des dentiers et l’investissement que représentait un lifting total avec implants mammaires. Ca m’emballait pas des masses.

S’en est suivi un monologue justificatif afin de rendre légitime mon opinion. Mon plaidoyer, entrecoupé de passages financiers (son analyse de courtier face à mon placement-roulette : je mise tout sur bekaert), passages émotion (home et sécurité versus voyages et rêves) et passages statistiques (si je me casse la jambe tous les 7,57ans, avec les économies réalisées en ne prenant pas l’assurance hospitalisation, je comptabilise un bénéfice net de 57cents et trois chiques, CQFD) a convaincu l’auditoire.

Après mon speech enflammé, monsieur le courtier me regarde avec fougue et me dit : moi aussi j’ai toujours rêvé de changer de métier, j’en ai un peu marre de vendre des assurances hospitalisation, c’est lassant de faire la même chose toute une carrière durant. …Je vais me lancer dans les assurances incendie (véridique).  En même temps je ne pouvais attendre beaucoup plus de folie de sa part, cet homme s’est dit un jour « je vais devenir assureur ».

Je pensais mon texte assez percutant et ma rhétorique convaincante (avocat c’est protégé comme profession ?) quand tout à coup, monsieur trois-pièces-gris m’a dit : « permettez moi néanmoins de vous présenter nos extrêmement avantageuses assurances vie ». J’ai pas eu à parler, un regard a suffit.

Entre nous, outre la profonde et sincère douleur qui entourera mes proches ce jour là (quoiqu’ils y sont préparés, avec toutes les péripéties qui me sont arrivées) cela renflouera probablement les caisses de mes ascendants.

J’ai refilé deux, trois numéros de copains prudents et précautionneux et les deux gars sont partis.

J’avais à peine fermé la porte que j’ai senti le côté anxiogène de ce genre de visite. Là, soudain, j’ai eu un flash. Je me suis vue, un an plus tôt en train de me casser la gueule à Belle-Plagne dans un parcours de boarder cross avec mes skis décathlon. Des croisés antérieurs j’en rééduque tous les jours. Tous chez des sportifs confirmés. Il fallait que je prenne une décision responsable, pour une fois dans ma vie.

C’est donc décidé, l’année prochaine j’achète des Rossignol’s ou des Dynastars. Au prix de l’assurance je peux bien me le permettre. Je diminue le risque de casser mon ski à pleine vitesse par 8 en me faisant plaisir, par la même occasion.

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. jean-christophe dit :

    j’aime beaucoup . jc

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