Dis moi oui…

Je ne pense pas faire preuve d’une grande circonspection en vous racontant ce récit. C’est le genre d’anecdote que l’on évite de dévoiler à la première personne venue, en général. Pourtant, c’est aussi le genre d’histoire folle qui me fait penser que, si Forrest Gump n’était pas sorti dans les complexes cinématographiques quand j’étais toujours à la maternelle, j’aurais pu réclamer des droits à Robert Zemeckis et actuellement, je serais vachement riche.

Dis moi oui…

 

Le Dimanche 25 avril 2010 8h du matin, jour où j’ai débuté ma carrière de kiné sportif dans le monde du cyclisme … mais à cette heure là, je ne le savais pas encore.

Cette histoire commence trois jours plus tôt, dans mon cabinet de kiné où, occupée à soigner un vieux monsieur féru de bicyclette, je raconte comment, le jour avant, je me suis retrouvée entourée des stars actuelles du petit monde du vélo. J’avais accompagné mon père sur la Flèche Wallonne et étais déçue de ne pas avoir eu l’occasion d’échanger quelques mots avec le grand Andy. Je ne m’avouais néanmoins pas vaincue et décidais de tenter ma chance à nouveau trois jours plus tard à l’occasion de LA plus belle des classiques. J’exposais alors ma tactique à mon cher patient, sous l’oreille attentive de mon collègue Charly. « Il a déjà croisé ma tête hier. Avec un peu de chance il va me reconnaitre et me lancer un « Dites mademoiselle, on s’est pas déjà croisés quelque part ? » Je lui fais un joli sourire et hop, j’engage la conversation. » Easy.

Mon collègue, grand fan de cyclisme peu enclin à la rêverie, me lance un regard moqueur et me dit « T’es même pas capable de revenir avec une photo de vous deux pas floue… imagine même pas lui parler ».

Une chose que vous devez probablement savoir sur moi c’est que je suis dans l’incapacité catégorique de refuser un défi qui s’offre à moi. Sans restriction, sans limite.

Celui-ci me paraissait réalisable, presque enfantin.

Un coup de fil par-ci, un autre par-là, c’est armée d’un Pass VVIP full access, de mon CoolPix ainsi que mon plus beau sourire que ce dimanche là, je me suis rendue Place Saint Lambert, sous un soleil radieux.  Dès que les premières équipes sont arrivées pour signer la feuille de départ, j’ai sorti mon appareil et me suis dirigée vers l’intéressé. Trop de fans, des coureurs partout, j’avais clairement sous-estimé la tâche. J’ai vainement essayé de passer derrière lui, j’ai tenté d’une main mal habile de nous prendre vaguement en photo. Pas cadré et flou, ce cliché d’un bout de maillot d’équipe n’était certainement pas suffisant que pour me faire remporter mon resto gratos. J’ai bien essayé une deuxième fois, quand les coureurs sont allés vers le départ et puis je me suis souvenue de ce que mon père m’avait proféré une heure plus tôt : «  Si on se perd, rendez vous dans la voiture, 20 minutes avant le départ fictif ». Merde, il était carrément l’heure du départ fictif, des gens partout sur le trottoir, moi au milieu des coureurs sur la route et plus de voiture, évidemment.

En dix minutes, la place noire de monde était déserte, tel un dimanche ordinaire au centre de Liège. Je restais là, comme une conne, mon CoolPix à la main, ma carte vip et ma photo floue.

Seul le stand Oakley® n’avait pas bougé de place. Petits transats sympathiques, hôtesses et amuses gueules, il ne me restait qu’à prendre mes aises et tuer les six ou sept heures qui me séparaient de l’arrivée, à quelques kilomètres. Je me suis donc installée confortablement. Quatre heures plus tard, réveil en sursaut par un gentil vendeur qui tente, sans me sortir de mes songes, de démonter son stand.

–         « Bien dormi ? »

–         « Confortable, merci ! »

–         « Mais avec plaisir, si on peut rendre service… »

–         « Vous ne pensez pas si bien dire, vous n’allez pas du côté de Ans, par hasard ? J’ai une fracture de fatigue au pied gauche (véridique) et je dois me rendre à l’arrivée pour voir la fin de la course et récupérer mes parents ». (dit sur un ton malheureux, avec mon air de martyr)

–         « Mademoiselle, ça aurait été avec plaisir mais vous portez des lunettes Adidas®… je ne sais pas si je suis autorisé à vous véhiculer dans ces conditions ».

–         « Si ce n’est que ça, j’accepte volontiers une jolie paire d’oakley®, j’ai toujours rêvé d’en avoir » =)

–         « Bon, on est parti dans ce cas… Tu prends lesquelles ? ».

–         « … »

J’avais pas ma photo à la con, mais une paire de Comet blanche toute neuve et des gentils amis pour me conduire du côté de Ans. Ma journée était réussie.

Installée à une terrasse, Je discutais avec les invités de la marque quand mon interlocuteur me dit

–         « J’espère qu’Andy va gagner aujourd’hui. »

–         « Pourquoi ? »

–         « Ben il porte nos lunettes tiens ! »

–         « Ha ben j’espère bien aussi qu’il va gagner »

+ Explication : le pari, la photo floue, la voiture loupée,…

–         « Mais écoute, c’est bien simple, je sais ou tu peux le trouver ce soir, ton cycliste, c’est la fin des compets pour un moment et donc on organise une fête, 500 personnes, pas loin d’ici. Il y sera, tu y vas de ma part et tu auras ta photo ma petite. » – Merci monsieur. =)

Je note l’adresse sur un bout de papier, le numéro du gentil monsieur et j’entends au loin les coureurs arriver.

Seule chez moi, après cette chouette journée, je regarde mon petit bout de papier trainer sur la table du salon. Par curiosité je tape l’adresse sur Mappy.be et, hô misère, il y a 1h45 de route. J’hésite longtemps avant de me dire que

1)    je ne sortais jamais et que ça devait arriver à tout le monde de rouler beaucoup de temps pour une soirée qui n’en valait pas la peine.

2)    Je ne me sentais absolument pas capable d’affronter le déshonneur de cette défaite le lendemain au cabinet

3)    il y a pire dans la vie que de rouler trois heures et demie pour rien, J’adore tellement conduire cette qashqai…

C’est bon j’étais dans la voiture.

25’ d’autoroute seulement, puis direction la rase campagne, petites routes non éclairées et fortement sinueuses. Pluie torrentielle pour agrémenter le tout, j’étais prête à faire demi tour, quand je me suis rendue compte que j’étais presqu’à destination. Arrivée là j’étais extrêmement stressée. Pas de carton d’invitation, pas de réponse au bout du fil quand j’appelais l’organisateur, et ma montre affichait déjà 23h00, à coup sur, il était parti. Je me suis résolue à rentrer, j’allais pas attendre dans ma voiture bêtement que quelque chose ne se passe.

J’ouvre la porte du magasin où avait lieu la fête et, hô surprise !, il ne reste plus qu’une quinzaine de personnes … dont mon cycliste, of course. Les gens discutent en petits groupes, j’attrape une coupe de champagne, je sors mon gsm et fais mine d’envoyer un message histoire de me donner une contenance… et j’attends. Après dix minutes je me sens vraiment seule et les gens commencent à me regarder avec interrogation. Je me suis alors dirigée vers les vélos en me jurant que, si dans dix minutes rien ne s’était passé, j’allais le trouver, lui raconter mon pari, prendre ma stupide photo et me casser. J’ai pas l’air comme ça mais dans ce genre de situation qui me dépasse, je peux être excessivement timide. Puis je sentais le côté hyper ridicule de la situation, courir après quelqu’un pour une photo souvenir c’est carrément pathétique. 9’30 plus tard, je sens une tape sur mon épaule. un gars m’interpelle: “Hi, what’re you doing here? A friend of mine would like to talk to ya, but he’s kind of shy.”

Je continue à parler et rigoler avec lui quand Andy se décide à nous rejoindre.

–         « Je me demandais en fait ce que vous faisiez ici car vous êtes la seule personne que je ne connais pas à cette fête. »

Horreur, je peux pas lui parler de la photo comme ça, faut que j’invente un truc là, vite fait.

–         « Ben voilà, je fais de l’athlétisme et je viens récemment de me blesser au pied. J’ai décidé de faire du vélo à la place et j’ai rencontré quelqu’un à L-B-L qui m’a dit qu’il y avait un super grand magasin très spécialisé, ici. Il m’a dit qu’il y avait une fête et que donc j’pouvais passer pour jeter un coup d’œil. Vous vous y connaissez un peu en cyclisme ? » (air naïf)

Il à regardé son coéquipier, ils ont rigolé puis m’a simplement dit « j’m’y connais un peu, j’vais te faire essayer quelques vélos ».  Partie dans le magasin avec mon vendeur, j’ai pu admirer des vélos absolument magnifiques pendant qu’il me commentait les qualités de chacun. Le mieux pour faire son choix étant, parait-il, d’essayer un nouveau produit, on s’est vite retrouvés à faire des courses poursuites dans les allées de ce super marché cycliste. Je sais plus exactement lequel de nous deux a défié l’autre sur le tricycle mais quoi qu’il en soit, nous nous sommes retrouvés au milieu d’un publique enthousiaste à prendre le départ d’une course d’anthologie. J’ai juste eu le temps de refiler le coolpix à quelqu’un que le départ était presque donné. Ayant gagné cette course inoubliable, j’avais amplement mérité mon podium ainsi que les bisous des miss (aka mes deux amis cyclistes). Je tenais ma photo pour Charlie.

LBL (43)

Soudain, le directeur sportif vient aux présentations. On lui explique l’histoire et il me demande ce que je fais dans la vie. « Ben je suis kinésithérapeute sportif ». Une accolade avec mon nouveau pote qui dit à son directeur : « c’est notre nouvelle kiné ». Echange de numéros.

Le soir, je n’arrive pas à trouver le sommeil. Je pense à Charlie.

Vais-je commencer par lui faire deviner où j’ai passé la nuit, débarquer au cabinet avec mes nouveaux équipements, les superbes shimano’s blanches et mes lunettes solaires où simplement lui montrer la photo, sans rien dire…

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